Historique

Après la guerre de 1870-1871

 

            Conformément à l'article 16 du traité de Francfort qui a mis fin à la guerre de 1870-1871, le gouvernement français et le gouvernement allemand se sont engagés à entretenir les tombes des militaires ensevelis sur leurs territoires respectifs.

            Étant donné qu'à cette époque, les soldats français ne portaient pas encore de plaque d'identité individuelle, la majorité des soldats qui ont été relevés sur les champs de bataille étaient inconnus.

            La loi allemande du 2 février 1872 a réglé la question des tombes des armées allemande et française dans les trois départements annexés d'Alsace-Lorraine, et a permis d'y aménager des lieux d'inhumation français.

            Après l'adoption de la loi française du 4 avril 1873, relative à la conservation des tombes des soldats morts pendant la guerre de 1870-1871, l'État a acheté les parcelles des cimetières communaux ou a exproprié les terrains non-clos où se trouvaient des tombes de soldats.

            Ces tombes ont été aménagées, garnies d'un entourage en fonte correspondant à un modèle réglementé avec une plaque portant la mention « Tombes militaires - Loi du 4 avril 1873 ». "Voir monument aux morts Trémoins"

            Dans le même temps, 25 ossuaires surmontés d'un monument ont été construits, tel celui de Bazeilles dans les Ardennes, qui a été conçu par l'architecte RACINE et dont les cryptes contiennent les restes d'environ 3 000 soldats français et allemands inconnus.

             Au total, de 1873 à 1878, l'État a financé l'aménagement de 87 396 sépultures réparties sur 1 438 communes de 36 départements.

             Dans ces sépultures, ont été ensevelis les corps de 37 859 Français, 21 876 Allemands, 27 661 Français et Allemands.

 

Pendant la 1ère guerre mondiale

            La loi du 2 juillet 1915, qui a été ultérieurement modifiée par la loi du 28 février 1922, a institué la mention « Mort pour la France»

            La loi du 29 décembre 1915 a accordé aux militaires «morts pour la France» pendant la guerre, le droit à une sépulture perpétuelle aux frais de l'État.

            Face aux pertes très importantes de 1914-1915, la loi du 18 février 1916 a créé au ministère de la Guerre un Service général des pensions comportant deux sections :

            - la section chargée des pensions et des secours ;

            - la section chargée des renseignements aux familles, de l'état civil et des successions militaires.

Dans ce service, une Division des états des pertes et des inhumations, bientôt transformée en Service des sépultures, fut chargée de l'identification des corps, de l'organisation des cimetières et de la centralisation des informations relatives aux tombes isolées.

Sur le terrain, la création des cimetières dépendait de la Direction de l'arrière, qui relevait elle-même du Grand Quartier Général.

            Les inhumations étaient faites par le Service de santé assisté d'officiers d'état civil aux armées.

            Ainsi dans la Marne, furent créés des cimetières provisoires ou « cimetières de guerre » dans la zone même des combats ou à proximité des « ambulances », c'est-à-dire des hôpitaux de campagne.

            (Cf. : carré militaire d'Héricourt où les soldats inhumés sont tous ou presque décédés à l'hôpital de campagne d'Héricourt)

Mais en réalité beaucoup de soldats ont dû être enterrés sur place, sur un terrain qui était sans cesse bouleversé par les bombardements.

Une centaine de cimetières de guerre ont été dénombrés entre Auberive et Massiges.

 Durant l'entre-deux-guerres

            Au lendemain de la 1ère guerre mondiale, se posa la question de savoir si les corps des soldats tués au combat seraient rassemblés dans des nécropoles ou rendus à leur famille.

            Il fut décidé que les corps des soldats seraient regroupés dans des cimetières nationaux ou bien, à leur demande, restitués aux familles.

            La loi du 25 novembre 1918 a créé une Commission nationale des sépultures pour définir les principes architecturaux de base des cimetières militaires.

            Le décret du 27 janvier 1920 a créé le ministère des Pensions qui a absorbé et étoffé le Service général des pensions.

            L'article 105 de la loi du 31 juillet 1920 a confié à la Nation les cimetières militaires créés ou à créer sur l'ancien front, pour en assurer la propriété et l'entretien.

             Des « carrés militaires » ont été aménagés dans les cimetières municipaux.

           Partout les stèles devaient être conformes à un modèle standard ; elles devaient respecter les confessions religieuses, permettre l'identification du militaire et comporter la mention «Mort pour la France».

            Le travail entrepris durant la guerre et poursuivi en 1919 s'amplifia dans les années 1920.

            La loi du 29 octobre 1921 a institué le droit au pèlerinage annuel aux frais de l'État, pour les familles qui désiraient se rendre sur la tombe de leur parent reposant en sépulture perpétuelle.

En 1924, les équipes de l'état civil avaient procédé, sur les anciens fronts, à 960 000 exhumations tandis que, grâce à la loi du 31 juillet 1920, 230 000 corps étaient restitués aux familles.

            Des missions spéciales rapatrièrent d'Allemagne, en 1925-1926, les corps de 22 000 prisonniers de guerre décédés en captivité.

            Dans le même temps, des associations se sont créées et ont pris l'initiative de donner une sépulture aux « oubliés du champ de bataille ».

            Sur l'ex-front d'Orient, 5 100 corps furent rapatriés pour être remis aux familles, tandis que les autres étaient regroupés dans de grands cimetières tels que Bitola en Yougoslavie, Salonique en Grèce ou Seddul Bahr en Turquie

            Les équipes d'identificateurs de l'état civil relevèrent, de 1926 à 1928, 32 025 corps sans sépulture, parmi lesquels 6 911 Français furent identifiés.

            La densité des découvertes fut particulièrement élevée en Champagne et en Argonne où ont été dénombrés environ 14 corps par hectare.

            Les recherches poursuivies de 1929 à 1931 permirent de relever encore 42 510 corps.

            L'accroissement des crédits autorisa un nouveau développement de recherches qui aboutit à la découverte, entre 1932 et 1935, de 47 890 corps (26 699 Français et 25 191 Allemands) ; leurs plaques permirent l'identification de 9 625 Français.

            Les recherches systématiques cessèrent officiellement vers la fin de 1935.

            L'ensemble des opérations laissa cependant subsister des milliers de « carrés militaires » à l'intérieur de cimetières communaux qui furent réaménagés.

            Leur entretien fut confié aux municipalités, au Souvenir Français et parfois à des associations de bénévoles.

            Pour honorer la mémoire des soldats disparus, un soldat inconnu, choisi à Verdun parmi huit cercueils ramenés de huit secteurs du front, fut inhumé à l'Arc de Triomphe à Paris, le 28 janvier 1921.

 Après la 2e guerre mondiale

            Les dispositions prises durant l'entre-deux-guerres furent appliquées aux soldats morts pendant la 2e guerre mondiale.

            La loi du 16 octobre 1946 ayant ouvert aux parents le droit à la restitution, 125 000 corps furent remis aux familles.

            Ces mêmes mesures ont été ensuite étendues aux soldats tués au cours des conflits de la guerre froide et de la décolonisation, en Indochine, à Madagascar, en Corée et en Afrique du Nord.

            Le décret du 21 mars 1950 a autorisé le regroupement des corps de militaires tués entre 1939 et 1945 à l'intérieur de nouvelles nécropoles : tout près d'ici à Rougemont dans le Doubs et à Sigolsheim dans le Haut-Rhin.

            Entre 1987 et 1991, les corps d'environ 19 000 militaires inhumés au Vietnam ont été rapatriés en France et ré inhumés dans le Mémorial des guerres d'Indochine construit à Fréjus dans le Var.

Les nécropoles nationales : Quelques chiffres :

 - 263 nécropoles nationales

- 729 000 corps dont 244 000 en ossuaires

- 88% de ces corps sont ceux de victimes de la guerre de 1914-1918

- Surface totale : 329 hectares

- La plus grande nécropole est celle de Notre-Dame de Lorette (Pas-de-Calais) : 25 hectares, 20.014 corps en tombes, 19.991 en ossuaires.

La Marne, avec ses 34 nécropoles nationales est le département qui a recueilli le plus de corps : 176 188 (première et seconde Guerres mondiales).

Carrés militaires des cimetières communaux :

- 3.200 carrés, contenant 115.000 corps.

- Ces carrés regroupent, dans des cimetières civils, des tombes militaires bénéficiant de la sépulture perpétuelle entretenue aux frais de l’État.

- Certains de ces carrés sont importants par le nombre de corps inhumés (plus d’un millier chacun) : Nancy, Dijon, Nice, Brest, Le Mans…

Dans 58 pays étrangers reposent 197 000 morts pour la France dont 90.000 en ossuaires, répartis en 234 principaux cimetières et près de 2.000 plus petits.

 LES CORPS RESTITUÉS

Mais des parents, des épouses exigent que le corps de leurs défunts reviennent au pays qui les a vu naître. Des associations se créent et militent pour « le retour au pays ». Devant le nombre croissant d'exhumations clandestines révélées au grand public, face aux scandales qui éclatent, suite aux abus et escroqueries liés à cette activité hors norme, l'État cède et déclare possible la restitution à ses frais des corps aux familles.

Au Ministère des pensions, le Service des Sépultures gère comme il peut ces milliers de « retour au pays » qui ne sont pas une mince affaire.

Le premier pas a été fait et dans les gares « distributrices » il ne se passe pas une journée sans que sur les quais, des hommages solennels soient rendus aux « petits » qui rentrent.

Mais rapidement l'État est débordé et cesse cette activité. Pour les familles qui ne possèdent pas de sépulture familiale et n'ont pas les moyens d'en acquérir, les communes délivrent à titre gratuit et perpétuel des emplacements pour accueillir les « corps restitués de Mort pour la France » d'où sont exclus tout autre défunt. Des familles n'acceptant pas cette obligation assument elles-mêmes la charge de la concession.

Dans certains cimetières communaux, des endroits spécifiques regroupent ces tombes où les enfants de la ville, du même quartier, de la même rue, continuent à se côtoyer par delà le sacrifice. Ils prennent le nom de Carré de corps restitués.

Il est important de savoir qu'un « corps restitué » peut très bien rester à l'emplacement de son inhumation initiale suite à l'achat de la concession par la famille et la sépulture recouverte par un monument funéraire civil.

Mais, est-ce contrepartie voulue ? L'État abandonne aux familles le devenir de ces sépultures et de ceux qu'elles renferment.

Les simples croix de bois du début sont progressivement remplacées par des emblèmes en béton armé qui rappellent l'appartenance militaire du défunt, voire par des stèles, des monuments dont le choix est laissé à l'initiative des familles, d'associations.

L'entretien est assuré par les familles, par les associations d'Anciens Combattants, puis par les communes et souvent aujourd'hui par le Souvenir Français.

Car même s'ils ont le devoir d'assurer la conservation des tombes de Morts pour la France restitués aux familles, des Maires, malheureusement, dérogent souvent à cette règle, pour les tombes réputées à l'abandon.

Ce sont souvent de grandes cités qui, sans honte, ont laissé leurs carrés de corps restitués devenir de nouveaux champs de larmes.

De nos jours, les frais occasionnés par l'entretien de ces tombes, la disponibilité des bénévoles, leur nombre même imposent un constat qu'il est parfois dur d'admettre. Il devient impérieux de rassembler, une dernière fois, les restes mortels de ceux qui ont été rendus aux familles et d'assurer leur immortalité en les déposant dans des tombes collectives.

De nombreuses communes, en se rapprochant du Souvenir Français, ont opté pour cette solution, garante de la perpétuité de l'hommage.

 

LES CARRES MILITAIRES COMMUNAUX

Durant les hostilités, des hôpitaux furent crées dans les villes et bourgs d'importance ce qui généra une augmentation de la mortalité. Les cimetières communaux s'agrandirent pour l'inhumation des patients reçus, blessés et malades, dans les HOA, HOC et ambulances.

Ces cimetières nouveaux qui (il y a de rares exceptions) ne rassemblent que des militaires, se séparèrent des cimetières civils et prirent le nom de carrés militaire communaux.

Du plus petit (quelques tombes) aux plus grands (plus de 4000) ils émanent de la loi du 29/12/1915 qui accorde la concession à perpétuité aux frais de l'État aux Morts pour la France. Leur entretien est assuré par les communes qui perçoivent 1,27 € par tombe conventionnée et par an.

Dans ces carrés militaires communaux, comme dans les Nécropoles Nationales, sont parfois inhumés des soldats étrangers alliés mais aussi, plus rarement, des soldats ennemis, dans la même tombe qu'un soldat français dont il est devenu inséparable. Des municipalités, dont le carré militaire est de moindre importance, ont souhaité inhumer auprès des soldats décédés dans la commune les corps de ceux rendus aux familles, de là les carrés mixtes.

Au fil des années, des villes, des bourgs se sont « séparés » de leur carré communal ; par manque de place ou de moyens pour les entretenir. Les corps ont alors rejoint ceux des camarades, dans une Nécropole Nationale, plus ou moins proche.

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Date de dernière mise à jour : 14/02/2013

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