La Bataille de la Lizaine

Bataille de la Lizaine

15-16-17 janvier 1871

 Cet évènement est le fil conducteur de l'action que nous menons auprès de élèves : voir coupures de presse

Dans un premier temps un bref résumé des événements, suivi de récits d'époque, extraits d'ouvrages français et allemands.

 

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 Le Combat de Chenebier   : par Alphonse Marie De Neuville  (tableau exécuté à la demande du colonel Joseph de Carayon-Latour)

 

Le 3e bataillon, recruté dans l'arrondissement de Bordeaux, était commandé par Joseph de Carayon-Latour,  capitaine en congé et s'occupant de ses terres en juillet 1870. Il prit très vite un ascendant considérable sur ses mobiles, dont il était adoré pour sa façon de commander et pour son attitude au feu. Sous ses ordres, le 3e bataillon se distingua au cours des combats autour de Dijon et lors du combat de Nuits.
Promu lieutenant-colonel et affecté au commandement d'un régiment, Carayon-Latour refuse de quitter ses mobiles intégrés dans les rangs de l'armée de l'Est. Au cours des combats livrés pour tenter de délivrer Belfort sur les lignes fortifiées de la rivière Lisaine, protégeant les arrières du corps de siège, le 3e bataillon reçoit mission d'enlever le village d'Etobon-Chenebier, solidement tenu. Carayon-Latour enlève son bataillon de telle manière que les autres corps de la division Crémer, le voyant se déployer pour attaquer, crient spontanément :
 : « Bravo la Gironde ! »

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15-16-17 janvier 1871 les troupes prussiennes à Echavanne près de Chenebier

 

 La guerre

: source internet  - http://antan.unblog.fr/2008/04/13/les-batailles-de-la-guerre-de-1870-la-bataille-de-lizaine/ (voir lien)

 

Bismarck, président du Conseil et chancelier de l'Allemagne du Nord, mène une politique ambitieuse, servie par une armée puissante réorganisée par Von Moltke, son chef d'état-major et Von Roon, ministre de la Guerre. C'est cette armée qui sort victorieuse de conflits avec le Danemark en 1864 et avec l'Autriche en 1866.
Après une crise internationale d'une quinzaine de jours, la France déclare la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870.
La Prusse obtient le soutien des quatre États allemands du Sud, le duché de Bade, la Bavière, la Hesse et le Wurtemberg.
La mobilisation prussienne s'effectue rapidement et méthodiquement, selon des plans prévus à l'avance. On rappelle d'abord les permissionnaires (les 19 et 20 juillet), les réservistes instruits (le 21 et le 22), les autres réservistes (le 23). Les hommes sont convoqués dans les casernes de leurs unités où ils sont habillés, armés et équipés ; l'exercice commence le lendemain de leur incorporation. Le 25 juillet, la mobilisation est achevée pour l'infanterie et le 30 pour les autres armes. Avec un léger décalage, on mobilise quatre classes d'âges qui constituent des troupes de réserve ; ainsi que la Landwehr, ou armée territoriale.
Les États allemands alignent 462 000 fantassins, 56 000 cavaliers, 80 000 chevaux et 1 584 pièces d'artillerie.

La seconde phase est la formation et la concentration des armées sur le Rhin, amenées à pied d'œuvre par trains entiers suivant un plan établi à l'avance. Après quelques escarmouches le 1er et le 2 août, les hostilités débutent le 4 a Wissembourg. Les Prussiens sont entrés en France et ils bousculent leurs adversaires. C'est le début d'une longue suite de batailles, d'offensives, de sièges, qui vont anéantir les armées françaises du Nord-est.

Sedan tombe le 1er septembre, l'empereur est fait prisonnier, la République est proclamée le 4 septembre à Paris.

La coalition germanique poursuit son avance, plusieurs places fortes (Metz, Belfort) sont assiégées, bientôt c'est le tour de Paris. Bismarck s'installe à Versailles et c'est là, fort de sa victoire, qu'il réussit à imposer son projet d'Empire allemand. Après plusieurs semaines de tractations entre la Confédération de l'Allemagne du Nord et les États du Sud, le Deutsche Reich est proclamé le 20 décembre 1870. C'est un État fédératif constitutionnel composé de vingt-six länder ayant chacun leur souverain propre et leur parlement, mais placés sous l'autorité supérieure de l'empereur. Du même coup, le chancelier crée l'unité de l'Armée allemande mise au service du militarisme prussien.

Les opérations militaires se poursuivent, les Allemands occupent une grande partie du territoire national. Malgré plusieurs offensives (Chanzy, Bourbaki) restées infructueuses, les Français sont contraints de demander l'armistice le 28 janvier 1871. Le traité de paix est signé le 10 mai à Francfort avec les conséquences que l'on sait : la perte du Bas-Rhin, du Haut-Rhin (sauf Belfort), de la Moselle et deux cantons des Vosges. Il faut y ajouter une dette de cinq milliards de francs et l'occupation de plusieurs départements français de Nord-est, jusqu'au complet paiement de cette dette.

En février 1871, l'Allemagne avait 1 315 000 hommes sous les drapeaux. Plus de 1 100 000 hommes ont été engagés sur le territoire français, les pertes sont de 128 000 morts. Les Français ont mis sur pied plus de 1 900 000 hommes. On devait déplorer 120 000 morts et 143 000 blessés ; auxquels il faut ajouter 380 000 prisonniers et 90 000 internés en Suisse, 19 000 d'entre eux mourront en captivité.

 

 

Bussurel

BUSSUREL après la bataille janvier 1871

 

La bataille proprement dite

En décembre 1870, le gouvernement constitue une nouvelle armée sous l'autorité du général Charles Denis Bourbaki. Cette dernière dénommée Armée de l'Est, prend naissance à Bourges et s'étoffe tant bien que mal durant son parcours en direction de l'est (Chalon-sur-Saône, Besançon). Elle a pour objectif de couper les arrières et les lignes de communication des Prussiens, et au passage de délivrer Belfort où le colonel Denfert-Rochereau et ses troupes se sont enfermés dans la citadelle… Après avoir débarqué le gros de l'Armée dans la petite gare de Clerval (petite ville au nord de Besançon), le général Bourbaki engage sa campagne à l'Est. Première étape : s'emparer de Villersexel (Haute-Saône)…

Le 8 janvier 1871, la bataille de Villersexel est engagée. Le lendemain, elle connait son apogée par une victoire des troupes françaises. Sous le commandement de l'intuitif général von Werder, les Prussiens se retirent de Villersexel (car pour von Werder, cette ville n'a rien de stratégique), et migrent en direction de Montbéliard. Les Prussiens s'installent alors sur une ligne géographique qui suit un petit cours d'eau : la Lizaine. Au sud, Montbéliard-Héricourt, au nord, Frahier. Les troupes prussiennes rejoignent ainsi les contingents qui occupent déjà tout le Pays. Von Werder suppute (à raison) le plan de Bourbaki qui est de se diriger sur Belfort afin de reprendre la ville et délivrer la garnison française…

Mais enlisée à Villersexel dans des problèmes de ravitaillement de toutes sortes, l'Armée de l'Est est incapable de poursuivre rapidement son adversaire. Mettant ainsi à profit cette inaction, les troupes prussiennes prennent pied sur la rive gauche de la Lizaine (ou Luzine), petite rivière qui se jette à Montbéliard dans l'Allan. Cette rivière, bien que peu importante, forme un obstacle naturel. De plus, le remblai de la ligne de chemin de fer qui suit la Lizaine (de Montbéliard à Héricourt) offre un abri inopiné pour les Prussiens. Les Prussiens profitent de ses deux jours de répit (10 et 12 janvier) pour placer des soldats tout le long de la Lizaine. Des bouches à feu sont installées sur les hauteurs : à Chalonvillars (pour défendre Chenebier et Frahier), au Mont-Vaudois (pour tenir Héricourt) et, à Montbéliard (aux mains des Prussiens depuis novembre 1870), au niveau des Grands-Bois et sur ce qu’on appellera plus tard les Batteries du Parc. Les soldats allemands profitent de la valeur défensive de la Lizaine dont la largeur oscille entre 6 et 8 mètres et la profondeur près d’un mètre. Ils font sauter la plupart des ponts, bourrent d’explosifs les autres, aménagent les routes pour faire passer le ravitaillement… Les Français, de leur côté, sont sur un terrain boisé difficile. Ainsi donc, de Montbéliard à Frahier (Haute-Saône), une ligne de front d'environ 20 Km est puissamment défendue.

Le 14 janvier, les premiers contingents français parviennent dans la région d'Arcey (10 km au nord-ouest de Montbéliard). Après quelques escarmouches avec des postes avancés prussiens, l'Armée de l'Est parvient sur les hauteurs de Montbéliard. Le plan de Bourbaki consiste en une attaque frontale déployée sur 19 km…

Composée de 140 000 hommes, l'armée est hétéroclite et improvisée. Elle est opposée à environ 52 000 ennemis. Le climat en ce début de bataille est extrêmement rigoureux. Il neige, et il a neigé abondamment durant les jours précédents; la température nocturne atteint -20°. Alors que les prussiens ont trouvé des abris par réquisitions, les troupes françaises bivouaquent dans les bois et dans les chemins creux. En dépit des actes de bravoure accomplis dans la région de Villersexel, c'est une armée épuisée et mal équipée qui arrive pour combattre sur le front de la Lizaine (on manque, par exemple, totalement de fers à glace pour les chevaux). Les premiers combats s'engagent devant les villes d'Héricourt et de Montbéliard. Les troupes pénètrent dans la ville et attaque le château pour y déloger les prussiens qui tirent à l'arme lourde. Le petit village de Béthoncourt au nord-est de Montbéliard connait un douloureux combat durant lequel succombent des bataillons de savoyards et de zouaves. Mais les luttes les plus sanglantes se déroulent devant Héricourt et Chagey. Pendant trois jours, les combats sur la ligne de la Lizaine connaissent des affrontements acharnés.

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 gravure allemande :  sur le remblai de la voie ferrée à Bethoncourt,  janvier 1871

 

La défaite et la paix

Le 18 janvier, aucune percée décisive n'ayant été marquée, le général Bourbaki décide de suspendre les combats et d'opérer la retraite de ses troupes en direction du sud, vers Besançon. La libération de Belfort aura donc échoué. Mais prise en tenaille par une nouvelle armée (Manteuffel), l'Armée de l'Est est contrainte de dévier sa marche en direction de Pontarlier. Cette retraite sur le plateau du Haut-Doubs, dans le froid sévère et la neige, est comparable au tableau Le Radeau de la Méduse. Les soldats, affamés, épuisés, décimés par le froid, n'étaient plus que l'ombre d'eux-mêmes. Acculée à la frontière suisse, l'Armée de l'Est était prise au piège. Bourbaki tentera alors de se suicider. Il laissera le commandement de l'Armée au général Clinchant, son principal adjoint. Ce dernier négociera l'internement de l'Armée en Suisse, après son désarmement au passage de la frontière. À partir du 1er février, 87 000 hommes commenceront à passer la frontière, principalement aux Verrières-de-Joux (petit village au sud-ouest de Pontarlier). 12 000 malades ou blessés sont soignés pendant deux mois avant leur retour progressif en France du 13 mars à juin 1871. 11 800 chevaux, 285 canons, 64 000 fusils, 60 000 sabres… sont vendus et plusieurs milliards de francs sont versés à la Suisse à titre de dédommagement. L’armée de l’Est s’est évaporée. Belfort sous le commandement du colonel Denfert-Rochereau, résiste héroïquement aux assauts des prussiens du 14 novembre 1870 jusqu’à la signature de l’armistice le 28 janvier 1871. Cette partie de l’Alsace est cédée à la France. L'Alsace-Lorraine tombe aux mains des Prussiens. Un nouveau département, composé de Belfort et des communes alentours, est né. Le Territoire de Belfort sera officiellement reconnu en 1922.

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Brevilliers janvier 1871 bivouac quartier general von verder

Photographie prise en 1970 avec les moyens du bord d'une gravure qui m'avait été confiée - j'en ai perdu la trace après l'avoir restituée à son propriétaite disparu depuis.

Bataille de la lizaine 34 extrait r

Ci-dessus un extrait du plan de la bataille de la Lizaine

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Ci-dessous le plan complet de la bataille de la Lizaine

Bataille de la lizaine planBataille de la lizaine plan (2.09 Mo)

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Ci-dessous : trois interprétations différentes de cette bataille 

 1) le récit de la Bataille de la Lizaine par le Grand Etat Major prussien en 1878

Bataille de la lizaine vue par l etat major prussien retranscritBataille de la lizaine vue par l etat major prussien retranscrit (423.12 Ko)

 

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2) La Bataille de la Lizaine de Villersexel à Belfort
Mémoires du Maréchal Helmuth von MOLTKE

Combat de villersexel memoires du marechal helmuth bataille de la lizaine retranscritCombat de villersexel memoires du marechal helmuth bataille de la lizaine retranscrit (316.72 Ko)

 

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3) La Bataille de la Lizaine :  extrait de la biographie d'Emile Keller
qui deviendra le premier député du Teritoire de Belfort nouvellement créé.
Il commandait un bataillon de volontaires alsaciens  pendant cette bataille

Bataille de la lizaine par emile keller retranscritBataille de la lizaine par emile keller retranscrit (214.74 Ko)

 

Deux opuscules (livrets ?) écrits, l'un par un pasteur, l'autre par un curé après l'inauguration de monument de La Diachotte à Chagey

Nous sommes à la fin du XIX ème siècle, religion et politique sont encore intimement liées.

A lire avec toutes les précautions d'usage ...

La manifestation patriotique de chagey 7 novembre 1897La manifestation patriotique de chagey 7 novembre 1897 (399.25 Ko)

Le monument de chagey ou le patriotisme lutherienLe monument de chagey ou le patriotisme lutherien (412.69 Ko)

 

 

 

 

 

 

 Voir Liens : 1871 la guerre franco allemande en Franche-Comté

Commentaires (1)

1. BARRET 14/02/2017

Bravo! Beau travail de recherche .
Vue globale et synthétique des opérations, et des témoignages des deux bords très enrichissants.
Merci Raymond.
Bien amicalement.
Pierre

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Date de dernière mise à jour : 16/12/2017

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